Ultra-Trail du Mont-Fuji - Compte Rendu

18 avril
Quai d'une gare en pays varois, voilà 3 jours que je suis rentré du Marathon des Sables et je suis déjà en attente d'un tgv. Objectif :  me rendre à Panam pour prendre l'avion en direction du Japon.
J'arrive à l'aéroport à la dernière minute suite à un retard du train à grande vitesse : et oui, avec la SNCF tout est possible. Non promis ce n'est pas une blague ;-)
Je retrouve Francesca Canepa avec qui je partage le vol, mais pas pour longtemps. J ai une grosse dette de sommeil et je me mets vite à compter les moutons !

19 avril
Arrivée à destination. Nous attendons la famille Guillon et prenons la direction du centre de Tokyo en métro.
Pour nous faciliter la vie, nous décidons de prendre un taxi à la sortie de la station pour rentrer à notre hôtel. Mettre les valises à l'intérieur de la Waature devient un casse tête chinois (en pays Nippon !). Si bien que l'on prend la route le coffre ouvert. Nous déposons nos bagages dans nos chambres traditionnelles japonaises, où nous coucherons à même le sol sur des futons. Et hop !
On se retrouve tous à l'accueil pour aller diner : encore un grand moment... J'adore la cuisine japonaise, mais le plus dur est de se faire comprendre ! On part dans un fou rire lorsque je me mets à imiter le poisson, le cochon et la poule pour expliquer ce que l'on souhaite manger.  On finit par se faire un bon festin !

20 avril
Nous sommes bien au pays du soleil levant, le jour pointe son nez à partir de 4h du matin.
Je traîne au lit jusqu'à 6 h avant de partir faire un footing avec Tonio et Francesca.
Après un bon petit déjeuner, nous participons à la cérémonie traditionnelle du thé. La journée se poursuit par la visite de Tokyo avec des amis japonais et toute la famille Trivel.

21 avril
Rebelote pour un footing. Direction la fameuse tour qui mesure plus de 600 m !
Le reste de la journée sera consacrée à la visite des sites les plus populaires de la ville pour y tourner quelques images avec Romain en vue de faire un film urbain.
En fin de soirée nous retrouvons mon ami Kensuke pour un repas traditionnel japonais. Il nous présente toute l'équipe qui nous soutiendra sur l'Utmf. C'est un grand moment de convivialité et de partage !! Du sérieux et des fous rires se mêlent entre les bouchées de riz, de soja fermenté et de sea food.

22 avril
Nous retrouvons Vincent et nous prenons un bus en direction de la ville de Kawaguchico à 835 m d'altitude au pied du mont Fuji. La route est très belle. Nous admirons une moyenne montagne qui a des allures de montagnes russes, habillée d'une forêt luxuriante.
Nous entrons enfin dans le vif du sujet en apercevant les racines du mont Fuji : même la tête dans les nuages, cette montagne est impressionnante....
Après nous être installés dans notre cottage à deux pas du lac et des cerisiers en fleurs, nous décidons d'aller faire un footing avec Antoine et Vincent. Dès notre retour, pour la récupération, nous prenons un bain traditionnel japonais. Nous y trouvons un coté femme et un coté homme. Nous nous mettons donc nus comme des vers avant de prendre une douche assis sur un mini tabouret. Puis, nous plongeons dans une eau à près de 50°, de quoi passer une super nuit. 

23 avril
La grasse matinée n'est toujours pas au rendez-vous : 4 à 6h de sommeil par nuit. Pas terrible avant un Ultra ! Mais enfin, je me sens bien, zen et no stress.
Encore une belle journée en perspective. Le mont Fuji est de sortie. Nous partons trottiner en direction d'un temple entouré d'immenses séquoias de plus de 800 ans. Je décide de poursuivre le footing avec Francesca, Anne San, Tonio, Vince et Romain pour leur faire voir une magnifique cascade. Le soir, nous nous retrouvons invités par un journaliste japonais dans un bar pour lever le verre de l'amitié avec les élites. Super idée ! Un bel échange entre les athlètes des 4 coins de la planète.

24 avril
Journée à lézarder avec préparation du sac et derniers points sur le parcours : 169 km avec 9500 m +, ça s'étudie ! L’après midi nous partons pour la vérification du matériel et récupérer notre dossard. Pour moi ce sera le numéro 13, jour de ma naissance, mais aussi ma place sur l'Utmf 2013.
Nous enchaînons sur la conférence de presse et la présentation de l'Ultra World Tour. L'Utwt est un très beau circuit qui permet d'augmenter le niveau des coureurs sur les épreuves mais également, d'être confronté à des nations que nous n'avons pas l'habitude de voir concourir.

25 avril
Jour J ! 
Je traîne au lit. Debout à 10h et petit déjeuner à la japonaise avant de retourner sur mon futon préféré.
12h30, dernier repas avant l'épreuve : il faut bien manger, mais pas se gaver .
Je ne m'éternise pas pour pouvoir profiter d'une petite sieste.
14h, j'enfile ma tenue de Waamouraï, l'Ultra Carrier en guise d'armure et mon sac Ultrabag 3 l Guillon en guise de sabre !!
Direction la ligne de départ. C'est un peu le foutoir. Ça se bouscule dans tous les sens. On se croirait à la Diagonale des Fous ! On dirait des lions en cages qui ne demandent qu'à partir.
10.9.8.7.6.5.4.3.2.1.PARTEZ

La délivrance. Placé derrière, je dois faire un effort pour retrouver la tête de course.
Voilà, c'est enfin parti. Les frenchis sont au rendez vous. Un petit peloton composé de François D'haene, Manu Gault, Iker Carrera, Thomas Lorblanchet, Fabrice Armand et moi-même, prenons le large.
Après 4 km de plat, nous attaquons une route et un chemin en lacet sur 9 km .
Le rythme est assez rapide mais je me sens bien, même si je sais que je vais le payer par la suite.

L'ascension terminée, nous attaquons une descente où je prends les devants pour un Time to Fly en l'honneur de l'absence de mon Waami coincoin, pour passer en tête au premier ravito.  Résultats, 19km en 1h36, je ne perds pas nos traditions !

Je prends de l'eau, des chips et des bananes en un temps éclair, avant de reprendre mon chemin sous les encouragements des spectateurs.
Le petit peloton me rattrape tranquillement au bout de quelques km et me distance.

C'est là, que la première purge commence : je passe de la 1ère à la 22ème place en 20 km. Pas le temps de m'ennuyer avec tous ces passages et j'en profite pour les encourager.

Km 39 : Enfin le ravito et la joie de revoir tous mes amis qui m'assistent .
Je prends le temps de manger et je repars plein phare, car la nuit est bien installée.
Je me retrouve avec 2 coureurs japonais. Nous faisons un bon bout de chemin ensemble avant d'attaquer une descente très technique avec des rochers.

Quelque chose de bizarre se passe dans mon corps. Ma voûte plantaire et mes orteils se contractent : "Hou la la ! ça fait mal !". Tout s'enchaîne jusqu'à des crampes dans toutes les jambes. Je commence à hurler. Je m'arrête. Seb Chaigneau me demande si j'ai besoin d'aide. Je lui dis que je vais gérer et qu'il continue sa course. 

Je descends mes longues chaussettes afin de masser légèrement mes mollets.
Ça passe et je repars tranquillement, si bien que j'arrive même à m’égarer un peu.
Rattrapé par François Faivre et Nuria Picas, je continue avec eux jusqu'au km 55 où je retrouve mon Waami Vince. Je suis super heureux de le voir ici. Il a l'air en pleine forme.

2 à 3 petits sushi, une soupe miso et me voilà au top pour affronter le froid qui s'installe dans la nuit.

Nous traversons plusieurs forêts. Je me sens un peu fatigué. Je commence à voir des ombres de partout... Je rêve et non : ce sont bien des animaux ! Une bande de macaques est là et m'observe. Avec ce genre de bêtes, il ne faut pas jouer au rambo ! Ils sont bien plus forts que vous. Je les ignore donc et poursuis mon chemin tranquillement.

Je vois une frontale devant moi et décide de faire l'effort pour la rattraper afin de ne pas courir seul.

C'est Gary Robins, un canadien bien sympathique. Nous réunissons nos forces afin de prendre un bon rythme sur les parties roulantes.

Je passe 3 ravitos et les encouragements de mes amis me donnent énormément de courage. Je progresse plus avec la tête qu'avec les jambes et cela tombe bien car me voilà sur une partie très roulante .

Je remonte petit à petit les coureurs tout en les encourageant.

Km 104. Je me pose un peu afin de bien m'alimenter et boire car je vais attaquer la montagne de l'ange, la partie la plus dure de la course. Je m'engage sur un terrain très technique et très pentu, sans ravito sur 19 km.

Cool, je retrouve 2 coureurs, un japonais et un hongkongais. Nous progressons ensemble à pas d'escargot tellement c'est raide !

Le jour se lève et pas un nuage. Le mont Fuji se dévoile à travers les arbres. C'est magnifique : le soleil sort de derrière la montagne et commence à nous réchauffer.

Le manque d'eau commence à se faire sentir. Je tombe sur un poste de sécurité avec le coureur hongkongais qui n'est vraiment pas bien. Nous demandons de l'eau. Il est possible de nous en donner, mais en contre partie nous serons disqualifiés ! Nous refusons et nous reprenons notre chemin. Un peu plus loin, je donne à manger à Tsang Siu, sinon il n'arrivera pas au prochain ravito.

Km 123. Enfin à manger et à boire. Je suis heureux mais désorienté. Je ne sais pas quoi prendre ! C'est là, que l'assistance a un rôle primordial. Grâce à Kensuke et mes amis japonais, je repars les batteries chargées à bloc et comme à mon habitude à chaque sortie de ravito, je pars en sens inverse ! Mais il y a toujours quelqu'un pour me remettre sur le bon chemin.

Il me reste moins de 50 km. Cela commence à sentir l'écurie; J'ai vraiment envie d'en finir et j'essaie de courir au maximum.

Me voilà dans l'ascension du mont Chauve avec une vue magnifique sur le Fuji. Un cameraman est posté là, de quoi faire de belles images. Enfin, avec moi ce sera plutôt un bêtisier, me voila encore entrain de vomir à triple boyaux, en poussant des cris de macaque en rut ! Il est inquiet, mais me voir lui sourire, ça le rassure.

Km 138. C'est le dernier ravito où je vais voir mes amis avant l'arrivée. Yes ! Dernière étape de 31 km avec deux bosses et du plat.

Je sers les boulons neurologiques et me voilà parti à fond et bien entendu, toujours dans le mauvais sens ! Mais Hanaé, la petite fille de mon ami Lionel Trivel qui m'a encouragé sur tout le parcours, me sauve encore la vie, en m'indiquant la bonne direction.

J'attaque une belle montée à fond. Ça n'a pas duré bien longtemps ! Mais enfin, je l'avale quand même, puis une descente un peu technique et me voila parti pour 9 km de route.

Km 158. Ultime ravitaillement. Je ne m’éternise pas. Nous retrouvons de beaux sentiers dans la forêt, une petite montée et hop c'est la dernière difficulté.

Je vois un coureur au loin. Je fais l'effort pour le rattraper. C'est Joe Grant qui n'est pas très en forme. Je lui propose de s'accrocher à moi et nous discutons ensemble. Le temps passe si vite, que nous voilà au bord du lac !

Plus que 3 km. Nous décidons de finir ensemble. Sur le parcours, nous retrouvons Francesca qui vient nous encourager : cela nous fait vraiment du bien.

L'arche d'arrivée entourée de cerisiers en fleurs est en vue...Trop bon ! C'est toujours à ce moment là, que vous retrouvez des jambes de départ ! Je franchis la ligne d'arrivée main dans la main avec mon ami Joe, à la 14 ème place.

Que du bonheur ! Mes amis Kensuke, Tonio, Anne, Vince, Romain , les Japonais etc... sont là pour m'accueillir.

Un grand merci à tous mes amis de m'avoir encouragé sur le parcours et par internet ! Un grand merci à mes partenaires Waa, Hoka et FHM.

Un grand bravo à mes amis Antoine et Lionel pour leur 4 et 5 ème places.

Et un grand clin d’œil à Hanaé , de m'avoir fait garder le sourire tout le long du parcours !

 

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